Le patrimoine sans y penser (rue Émile Zola)

La_maison_de_villeComment étendre la notion de patrimoine au-delà du centre historique et des belles demeures bourgeoises? Il y a les lotissements historiques, ces petites maisons « à l'anglaise » dont la cohérence fait patrimoine, indéniablement. Mais comment qualifier ce qui nous attache dans un quartier « de bric et de broc »? Jean-Jacques Salinier nous propose matière à réflexion, à partir d'un cas concret : une nouvelle construction disproportionnée, qui chagrine les habitants de sa rue. L'arrivée de cette construction peu harmonieuse fait comme un déclic : finalement, ce quartier avait bel et bien un cachet particulier. Faut-il chercher à définir une cohérence, et chercher à la préserver? Mais comment?

Bonjour,

Je voudrais vous soumettre le cas dans notre rue, considérée en zone pavillonnaire, de la construction de bâtiments dont l'un en particulier n'a rien à voir avec un pavillon. Ces deux bâtiments sont construits sur des parcelles créées par division d'une parcelle unique sur laquelle se trouvait un très joli pavillon des années 30 qui a été évidemment démoli.
Au-delà de la démolition malheureuse de ce pavillon l'inquiétude des riverains est liée à la nature des constructions. Comme vous pouvez le voir sur les photos, l'une est très haute, construite sous forme d'appartements, avec deux garages enterrés et un bétonnage complet de l'espace sur rue. La deuxième est plus petite mais occupe une parcelle minuscule (220 m2, la deuxième faisant 307m2). Les superficies sur l'arrière sont très réduites et exposées plein nord, elles ne verront jamais le soleil et peu la pluie. Autant dire qu'il n'y aura pas de jardin.
Un voisin aurait fait des démarches à la mairie contestant la hauteur de l'édifice principal, qui met son pavillon dans l'ombre la majeur partie de la journée, mais il lui aurait été répondu qu'il n'y avait rien à faire.

Si la notion de zone pavillonnaire a un sens, quels sont les critères qui devraient permettre d'éviter de telles protubérences urbaines ? Les tailles de parcelles sont-elles conformes ? Le bétonnage de l'espace non construit est-il compatible avec la notion de COS ?
Au-delà de ces aspects purement juridiques sur le respect du code d'urbanisme, quels seraient les moyens dont pourraient disposer les antoniens pour s'assurer que la nature de ces quartiers et d'une certaine manière leur histoire, et donc le patrimoine de la ville puissent être préservés ? En effet ce quartier que j'habite a une histoire d'habitat prolétaire, la plupart des maisons ayant été des pavillon ouvriers, voire même de simples cabanes de jardin qui ont évolué avec le temps.
Pour prendre l'exemple de notre propre maison, construite dans les années 30 avec une pièce et une cuisine en rez de jardin, deux chambres à l'étage et un petit grenier, elle a connu une première extension dans les années 50 (une salle à manger coté jardin), puis une seconde extension fin des années 80 (l'étage au dessus de la salle à manger), et nous avons nous même réalisé une nouvelle extension côté jardin il y a trois ans. Le résultat n'en fait pas une grande maison bourgeoise mais une maison de caractère très agréable à vivre.
Beaucoup de maisons du quartier ont subi de telles évolutions et le quartier en garde un caractère un peu hétéroclite certes, tout n'est pas réussi, mais à coup sûr pittoresque, en tout cas beaucoup plus que celui de certaines rues d'Antony avec des maisons de ville sans charme, sans caractère et sans histoire, alignées au garde à vous.
Beaucoup des extensions (voire même des constructions complètes) ont été réalisées par les propriétaires eux-mêmes, pratiquant une solidarité de bâtisseurs, souvent regroupés sous la bannière des fameux Castors.

C'est l'histoire de ce quartier et d'autres semblables, c'est donc l'histoire d'Antony. A mon sens sauvegarder le patrimoine ce n'est pas seulement s'intéresser aux bâtiments remarquables, c'est aussi garder la trace et l'esprit des évolutions urbaines telles quelles ont été vécues par les gens simples, même s'il s'agit d'une histoire relativement récente.
Merci de me donner l'occasion de ce témoignage. Dans l'attente de vos réponses, bien cordialement.

Jean-Jacques Salinier

Commentaires (2)Add Comment
vincent
taille minimale des parcelles
Par vincent, 25 mai 2011
Une première réponse d'ordre juridique, concernant la taille minimale des parcelles : il y a eu une modification en ce sens parmi les "ajustements mineurs" du PLU en 2010. Sur le site de la Ville (http://www.ville-antony.fr/4-2...alite=2487), il est marqué : "Il a été décidé de réintroduire, comme c’était le cas dans le POS, une règle de superficie minimale des terrains, limitée à 250 m2, qui ne s’appliquera que pour les terrains issus de division. L’objectif de cette nouvelle règle est de rester en cohérence avec le PADD qui exprime la volonté de la Ville de conserver son caractère résidentiel et pavillonnaire et préserver ainsi l’urbanisation traditionnelle d’Antony."
0
Vraies questions... auxquelles des habitants du 91 ont commencé de réfléchir et d'agir.
Par Michel, 25 mai 2011
[removed]void(0);Je partage tout à fait les préoccupations de ce quartier, exprimées par Monsieur Sallinier.

Il y a quelques jours, j'ai découvert le site de la "Maison de Banlieue et de l'Architecture" présente sur le territoire élargi de la Communauté d'agglomération "Les Portes de l'Essonne".

[removed]void(0);Source : http://maisondebanlieue.asso.f...mProj.pdf


Cette "Maison" regroupe des personnes individuelles ou morales, sensibles aux questions de l'éducation, de l'histoire, du patrimoine, de l'architecture, du paysage...

En banlieue. Comment se sont fabriquées et se transforment les villes où nous habitons, où nous travaillons ?

Comment, par des regards et des approches croisés, pouvons-nous sensibiliser un peu plus finement le jeune comme le tout public, les habitants, à leur environnement urbain ?

Histoire, mémoire, patrimoine, paysage, architecture… et, bien sûr, éducation sont nos thèmes de retrouvailles.

Les objectifs de Maison de Banlieue et de l'Architecture sont de créer, impulser, développer et coordonner toute activité susceptible de concourir à une meilleure connaissance et interprétation de l'environnement urbain, du patrimoine en banlieue et de l'architecture ; mener une réflexion sur les questions urbaines (aménagement, organisation et gestion du cadre de vie).

La démarche de Maison de Banlieue et de l'Architecture consiste à constituer une mémoire vivante des identités, enjeux et réflexions ayant trait à l'environnement urbain, au patrimoine en banlieue et à l'architecture, de contribuer directement, dans des formes diversifiées, au débat démocratique sur l'ensemble de ces questions.

Cette démarche s'inscrit dans le contexte du renouvellement urbain des différents quartiers des villes, tant sur leur centre ancien que pour les lotissements pavillonnaires ou les quartiers d'habitat collectif concernés par la politique de la ville.

[removed]void(0);Voilà une démarche intéressante qui pourrait nous inspirer ...

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